Vendredi 15 juin 2007
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Le thème de la TVA sociale fait débat. Entre
ce que le programme présidentiel prévoyait et ce qui s’annonce, un trouble dû au manque de visibilité d’application s’est installé dans l’opinion publique.
Entretien avec Stéphane ROBIN
Elisabeth Jousse : En quoi consiste la TVA sociale ?
Stéphane Robin : Le principe de la TVA sociale consiste à transférer des charges patronales supportées par les salaires
vers une autre source de fiscalité à budget constant dans le seul but de financer la protection sociale collective.
E. J. : Pourquoi s’interroger sur le financement de la protection sociale collective ?
S. R. : Parce que les salaires ne permettent plus de constituer à eux seuls l’assiette du financement de la protection
sociale : dépenses d’assurance maladie et de la branche famille. Si l’on réside sur le territoire français, les soins sont remboursés à taux fixe quel que soit le revenu. Il en va de même
pour les allocations familiales. Dès lors, il convient de s’interroger sur le mode de financement de la solidarité : l’accès aux soins et l’aide aux familles sont l’affaires de tous les
français et pas seulement des salariés. Il est donc inconcevable que ce type de prestations soit uniquement financé par des charges salariales ;
il faut utiliser le levier fiscal que tous les résidents paient : la TVA.
E. J. : Pourquoi ne pas augmenter les charges salariales ?
S. R. : Si l’on taxe la production, nous activons la délocalisation d’activité et d’emploi. La TVA sociale permettrait de
combattre les délocalisations par une amélioration de la compétitivité du travail, et de lutter contre le chômage. Notre système contredit la volonté de promouvoir l’emploi et met en cause la
capacité effective à financer la solidarité nationale. La fiscalisation des ressources des branches santé et famille par la TVA permettrait d’atteindre nos objectifs : la politique familiale
coûte entre 23 et 25 milliards d'euros par an et les cotisations d’assurance maladie s’élèvent à 58 milliards d’euros. Or une augmentation de 5 points des 2 taux de TVA (réduit à 5,5% et normal à
19,6%) rapporterait 40 milliards d'euros.
E. J. : La mise en place de la TVA sociale n’est-elle pas un risque pour le pouvoir d’achat des Français ?
S. R. : Je reprendrais ici l'exemple cité par Jean Arthuis : à partir d’une augmentation de 5 points, prenons
l’exemple d’un article manufacturé proposé à 100 € hors TVA, soit 119,60 € TVA comprise. Du fait de la suppression des charges d’assurance
maladie et de la branche famille, il pourrait être proposé à 95 € hors TVA. Supposons une TVA à 25 %, le prix TVA comprise serait de 118,75 €.
Bien entendu, cela ne peut fonctionner que si les employeurs ne gardent pas à leur profit les exonérations de charges sociales, mais la
concurrence devrait y mettre bon ordre. Cependant, c’est bien une suppression des charges d’assurance maladie et de la branche famille qui doit s’opérer et non une baisse des cotisations comme
c’est le cas depuis 1993 qui n'ont aucunement enrayé la "vie chère". Avec une baisse progressive des cotisations, les prix augmenteront et provoqueront une détérioration du pouvoir d'achat des
ménages, ce qui cassera la consommation, actuellement le seul moteur de la croissance.
E. J. : Quels sont les financements qui doivent rester à la charge de l’employeur et du salarié ?
S. R. : La protection sociale individuelle c'est-à-dire la retraite, les prestations chômage et les indemnités maladies
dépendent directement des revenus de l'individu. Le mode de financement des régimes de retraite obligatoires doit donc rester à la charge de l’employeur et du futur retraité (car il s’agit d’un
salaire différé), ainsi que le risque d’accident de travail.
Le risque chômage doit aussi rester à la charge des employeurs et des salariés et être géré par les partenaires sociaux, à condition d’en faire
un levier efficace de retour à l’emploi.
Il est justifié que ce type de protection soit financé par des cotisations sociales sur les salaires, et tel est le cas depuis 1945.
E. J. : Entre ceux qui sont pour ou contre la TVA sociale, quel(s) argument(s) faut-il avancer ?
S. R. : Il faut se poser la question de savoir si la TVA sociale est juste ou pas ? Les produits ou services
importés sont exonérés de toute participation au financement de la protection sociale. Il en est autrement pour les produits et services français qui intègrent le poids des cotisations sociales.
Où est l’équité ?
Au Danemark, les cotisations sociales versées par les employeurs ont été pratiquement supprimées et le manque à gagner pour les finances
publiques a été compensé par une augmentation de la TVA.
Enfin, la TVA sociale est un thème favorable à la relance de l’Europe. Prenons l’exemple du plombier polonais qui devait payer ses cotisations
sociales en Pologne alors qu’il travaillait en France. Avec la TVA sociale, il acquitterait la TVA dans le pays dans lequel il travaille et facture ses prestations, et non pas dans son pays
d’origine.
Voir l'entretien du Journal des Echos avec Jean Arthuis, Président de la commission
des finances du Sénat :
http://www.lesechos.fr/info/chats/300179184.htm