Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /2009 00:33
Classé au premier rang mondial par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2000, le système de santé français avec l’assurance maladie vit désormais sur sa réputation d’un formidable outil de redistribution sociale. Alors que la Commission des comptes de la Sécurité sociale a annoncé un déficit 20,1 milliards d'euros pour 2009, Le chef de l’Etat, invité au 39ème congrès de la mutualité française à Bordeaux le 4 juin dernier, a prononcé un discours qui risque profondément de modifier ce qui fait le socle, le principe même de la sécurité sociale.

Précisant que les « ressources de la solidarité nationale ne sont pas infinies » et que « les régimes de base ne pourront pas tout financer », le Président de la République ajoute que « les réponses concrètes doivent être fondées soit sur la solidarité nationale soit sur d’autres systèmes qui s’en inspirent ». Ainsi, le principe de  « La solidarité nationale, financée par des prélèvements obligatoires, continuera de remplir sa mission » mais « à ses côtés, d'autres formes de protection sont appelées à se développer (...). Je souhaite que soient confiées de nouvelles responsabilités aux organismes complémentaires. »

Si les mots ont le sens de ce qu’ils sont, et que les actes suivent, alors c’est un recul clair et net de la solidarité nationale déjà mis à mal face aux inégalités qui se creusent : la promesse d'un égal accès aux soins pour tous est de plus en plus démentie par les faits, détricotée à coups de franchises (payées par le malade), de déserts médicaux et de dépassements d'honoraires… Recul parce qu’une nouvelle clé de répartition des remboursements entre assurance-maladie et les mutuelles, instituts de prévoyance, assurances privées, viendrait à augmenter la part de soins remboursés par ces organismes complémentaires… en d’autres terme, accepter une privatisation partielle du système de santé.
Si une majorité de nos concitoyens pourrait assumer cette augmentation, qu’en sera-t-il de ceux (très nombreux) qui détiennent une mutuelle de mauvaise qualité voire ceux qui n'en ont pas du tout, quand on sait que l’absence de couverture complémentaire est un facteur important de renoncement aux soins : on estime à 7% de français qui ne peuvent ni bénéficier de la Couverture –Maladie Universelle, ni souscrire à une mutuelle complémentaire. Le plus souvent, ces personnes sacrifient les soins bucco-dentaires, l’optique, les consultations médicales avec dépassement d’honoraires : c'est-à-dire, tout ce qui est mal remboursé par la Sécurité Sociale et qui constituent un obstacle dans l’accès aux soins

Que proposer ?

Face au vieillissement de la population et l’augmentation des demandes de soins, il faut réviser les bases financières et les contours de la Sécurité Sociale.
Nous sommes face à un déficit conjoncturel, en période de récession grave avec des recettes de la protection sociale qui diminuent. Pour autant, on ne peut que regretter l'absence de débat devant les français sur les mesures à prendre pour limiter les difficultés de financement de la protection sociale.

Le gouvernement n’entend pas refinancer la sécurité sociale par la hausse des prélèvements obligatoires, principe de base de la redistribution entre hauts et bas revenus, idées fondatrice de la Sécurité Sociale. Le Président Sarkozy préfère l’augmentation du champ de prise en charge par les organismes complémentaires ce qui se traduira inévitablement par une hausse des primes et creusera encore davantage les inégalités d’accès à la santé…
Ce ne sera plus chacun cotise en fonction de ses moyens et reçoit en fonction des ses besoins, mais chacun reçoit en fonction de ce qu’il aura réussit (ou non) à payer.
Par Stéphane ROBIN - Publié dans : Opinion
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