Si 2008 fut marquée par une crise financière qui a provoquée le début de la crise économique au niveau mondial, celle-ci s’est traduite en 2009 par une crise sociale au
niveau local.
C’est là, la rançon d’un capitalisme dangereux où l’économie virtuelle est plus importante que l’économie réelle (celle qui fabrique)… Cette économie de marché est fondée sur la compétition,
la performance, la réussite des uns sur les autres. C’est aussi une économie bâtie sur le renouvellement permanent de la production de biens, sur l’innovation et son corollaire : la prise de
risque.
Notre société vit une mutation : avec la crise, c’est la confiance entre les acteurs économiques et sociaux qui a disparue. Or la confiance est la clé pour réactiver notre société :
il faut donc tout faire pour renouer avec la confiance collective au cœur de toute organisation productive.
Méfions-nous des amalgames désolants. Dans l’infinie dégradation que nous vivons, efforçons-nous de ne pas confondre dans un commun rejet, les dirigeants d’établissements financiers qui ont
failli et provoqué un effondrement économique planétaire, avec les chefs d’entreprises qui pour la plus part ont été les victimes des dérives du système financier international. Il ne faut pas
attendre en tout cas, le moment ou celles-ci déposent le bilan ou licencient massivement pour apprécier tout ce que l’entreprise peut apporter, dès lors que les comportements des
dirigeants auront été respectueux du capital humain. De la même manière il serait illusoire de remettre en cause le modèle capitaliste au risque de dévaloriser le travail, alors que ce sont les
dérives du système qui nous plongent dans cette crise, et qu’il faut
défendre une économie de marché régulée par le droit et la
puissance publique.
Le Saumurois
est très lourdement touché par les licenciements. Avec une évolution sur un
an de 2,6 points, la zone emploi Saumur Baugé a un taux de chômage supérieur à la moyenne régionale et départementale, au premier rang
desquels les jeunes sont les plus concernés (+29% d'inscription au Pole Emploi entre oct. 2008 et oct. 2009). C’est d’ailleurs aux jeunes
que François Bayrou, Président de notre Mouvement s’est prioritairement adressé au cours de ses vœux. Et nous savons l’impérieuse nécessité qui nous oblige tant l’intervention
publique est indispensable afin que nos jeunes qui se croient sans avenir dans une société qui leur ferme ses portes, ne basculent pas
dans la désespérance sociale.
La mutation de l’économie conduit à l’apparition de plus en plus d’emplois précaires et à l’exclusion d'un nombre croissant de personnes d’une forme de « citoyenneté sociale » par la perte d’un
travail. Aucune entreprise ne peut assurer de garder ses salariés : la vérité, c’est que chacun est en charge de sa vie professionnelle et de son employabilité dans le
temps.
Dans pareil contexte, il serait trompeur de poser la question de la protection de l’emploi : au
Mouvement Démocrate, je défends dans ce contexte le vrai problème de la protection des parcours, sans quoi nous risquons de laisser perdurer de profondes inégalités
et la peur du lendemain. Le nombre toujours plus important de chômeurs rend nécessaire une réflexion sur la possibilité pour chacun d'avoir une activité sociale reconnue.
Et nous savons l’attachement des français au secteur associatif tant les associations sont des acteurs majeurs pour surmonter efficacement la crise en animant plus généralement la vie
sociale du pays. Bon nombre d’entre elles se battent pour ne pas décevoir ces attentes, coincées entre paperasserie administrative, difficultés à rechercher et obtenir les financements (baisse
des subventions), recrutement des bénévoles membres des bureaux et de leur mobilisation dans la durée, et pérennité financière de la structure. Cette baisse de subvention préoccupante s’explique
par le partenariat des associations avec les puissances publiques d’une part, et d’autre part la relation entre les commandes publiques et la prestation de service, de plus en plus souvent
accompagnée de mise en concurrence (code des marchés publics). Attention ici aussi à la dérive, car les subventions sont aussi le moyen pour les associations de financer l’innovation sociale en
répondant aux nouveaux besoins sociaux (santé, nouvelles formes de pauvreté, défense de l’environnement, logement, insertion, désespérance sociale des jeunes, etc.). Le risque d’une
diminution des subventions qui contraindrait les associations à n’être que de simples
prestataires exécutants, réduirait à néant leur réactivité et leur capacité d’innovation qui inspire pourtant de
nombreuses politiques publiques.
Pour sortir de ce que nous vivons, il faut arrêter la ruineuse « logique des prés carrés » dont
les affrontements sont à somme nulle : « emploi / économie » ; « écoles-université / entreprise » ; « public / privé »… et « gauche / droite » définitivement enfermées dans un débat d’opposition d’une France contre l’autre, avec chacun la conviction d’avoir
raison.
Constatons que la performance globale (économique, sociale, écologique, culturelle) d’un territoire dépend moins de l’excellence de chacun de ses acteurs (chefs d’entreprises,
salariés, syndicalistes, fonctionnaires, artisans, professions libérales, associations, élus), que de la qualité des relations et des ponts qu’ils savent établir entre eux. C’est une
question de vision de la société, et un territoire aux conditions sociétalement dégradées, est un territoire ou l’activité se meurt et donc, où disparaît l’emploi avec au final, un homme, une
femme, une famille, un jeune qui perd pied à pied confiance en l’avenir de la société dans laquelle nous vivons. Une société dans laquelle les jeunes se sentent incompris et où les seniors se
savent oubliés.
Ainsi pour renouer avec la confiance, s’il est du rôle des politiques de dénoncer toute décision contraire au respect de ce qui conditionne le développement humaniste de notre société dans son
environnement ; il est de son devoir de proposer. C’est à partir des 216 propositions programmatiques empreintes d'« humanisme » délivrées dans le « petit livre orange » (présenté
lors du congrès d’Aras des 4, 5 et 6 décembre dernier), que le Mouvement Démocrate entend construire un « arc central », un espace politique qui rassemble la gauche réformiste, les sociaux
démocrates, les écologistes, les centristes et la droite sociale… avec comme ligne de mire : ce que nous faisons, ceux pour qui nous le faisons.
Profitant de l’hommage rendu cette semaine à Albert Camus à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition, je souhaiterai le citer pour conclure, en comparant ce qui doit animer les décideurs
politiques à l’écrivain qu’il était :
« Le rôle de l'écrivain […] ne se sépare pas de devoirs difficiles.
Par définition, il ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire :
il est au service de ceux qui la subissent » -1.
Bonne année 2010.
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1- extrait du discours prononcé à l’occasion du prix Nobel de littérature, qui lui fut décerné le 17 octobre 1957.