Le principe de la laïcité inscrit
dans la Constitution constitue un des fondements de notre République. L’article 2 de la Constitution de 1958 réaffirme le premier article de la Constitution de 1946 : « la France est
une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». La laïcité repose sur deux principes : l’obligation de l’Etat de ne pas intervenir dans les convictions de chacun, et
l’égalité de tous devant la loi, quelle que soit leur religion.
La Laïcité est une réponse institutionnelle à la sécularisation du pouvoir qui impose la neutralité religieuse de l’Etat. A ce
titre, les propos du discours de Latran prononcé
par le chef de l’Etat, portent atteinte à la laïcité.
Alors que depuis la loi de 1905 la religion ne structure plus l’espace social, la laïcité « positive » provoque à nouveau une polémique. La
lettre de Jacques Chirac (2003) adressée à la commission Stasi demandait d’évaluer dans quelle mesure un Etat laïque est-il capable de réaffirmer ses principes tout en reconnaissant la diversité
culturelle.
La laïcité « positive » permet-elle la diversité culturelle ? Le risque d’une laïcité différenciée apparaîtrait comme un nouveau facteur déclenchant d’une fragmentation sociale.
Le problème de la protection par l’Etat de la liberté de culte provoque une certaine injustice prévoyant la mise à disposition de lieux de culte pour les religions implantées avant 1905. Or, celles issues des vagues d’immigration plus tardives ne peuvent y prétendre au risque de créer une jurisprudence : la justice devant alors reconnaître LA religion et départager alors LES religions / des sectes, qui s’en réclament.
La laïcité à l’école rencontre deux difficultés. Proposer une école laïque n’a pas pour seul but de soustraire l’éducation de la jeunesse à
l’influence d’une religion majoritaire, mais d’intégrer de nouvelles franges de la population attachée à une tradition religieuse qui n’a pas encore fait le chemin de la laïcité. La laïcité à
l’Ecole s’est instaurée dans un contexte où l’on pensait (à tort) inéluctable le déclin du fait religieux. Le principe de la séparation ne peut signifier l’ignorance. Si le fait religieux relève
de la sphère privée, et les agissements du pouvoir de la sphère publique, il n’est pas moins évident que l’une et l’autre puissent se remettre réciproquement en cause. La laïcité est-elle victime de son succès ? : faite de silence, elle est incapable de faire face aux difficultés actuelles. Mais laisser croire
que cette tolérance pourrait s’exprimer par des signes ostensibles serait vain et succomberait si la diversité des communautés religieuses entraient en compétition pour occuper l’espace laïc de
l’Ecole, chacun affichant des signes de clôture aux autres. C’est tout le contraire : le principe de l’école laïque est de laisser à chacun la possibilité de rencontrer l’autre sans voir en
lui le représentant d’un groupe : le pire serait d’ethniciser les rapports sociaux.
Aujourd’hui, on ne peut que constater la sécularisation de notre société. Cependant la prudence est de mise tant la désacralisation peut être lourde de conséquence. Si la structure religieuse de
notre société n’est plus, il serait vain de croire que nous en avons fini avec la religion comme culture. Le modèle de laïcité de notre société a eu comme projet de contenir les prétentions de
l’Eglise catholique en situation de quasi monopole. Or il convient effectivement de repenser la laïcité en fonction de ses nouveaux problèmes.
Une laïcité qui engendre le communautarisme religieux, culturel et social, relègue une partie de la société dans l’incompréhension même de son sens.
Voir "Duel sur la 3" du 10/02/2008, émission de
Christine Ockrent avec François Bayrou : http://programmes.france3.fr/duel-sur-la-3/39472335-fr.php