On peut trouver des arguments
au refus de mettre en place le dispositif prévu par Xavier Darcos, Ministre de l’Education Nationale. En effet, l’annonce précipitée ajoute à la confusion et il convient de poser des
questions aujourd’hui non débattues :
Un service minimum ne doit-il pas être assuré par les agents du ministre de tutelle (Education
Nationale) ?
Si la prise en charge financière est prévue, les communes ont-elles les moyens en personnel de supporter la substitution aux
services de l’Etat ?
Enfin, comment établir la prévision du nombre d’agents nécessaires aux vues des conditions actuelles de
préavis de grève à l’Education Nationale ?
Pour justifier son refus d’appliquer le dispositif, Monsieur Marchand, Maire de Saumur, avance des arguments discutables et consternants (cf. Courrier de l’Ouest, Ed. Saumur
– 23/01/2008) :
Discutables, car s’agissant de la responsabilité en cas d’accident sur le temps de service minimum, c’est oublier que les maires sont déjà responsables des enfants et des locaux des écoles primaires sur temps périscolaire, et que le dispositif étendu s’appliquerait selon les mêmes modalités prévues.
Consternants, car l’opposition de principe revendiquée use les pratiques politiciennes qui agitent des craintes et conduisent au blocage, si
elle s’exonère de fournir des propositions. Si l’opposition de principe enfin, répond à une posture dictée par une logique partisane, alors il faut considérer le débat stérile et contreproductif
à l’égard de l’intérêt général.
Le problème reste entier pour autant. Quelle réponse apporter aux familles qui devront trouver une solution de garde ou poser le cas échéant une journée de congés, et nous
pensons en particulier aux familles les plus modestes.
Je soutiens les revendications des enseignants qui ont perdu depuis 1982, 20% de leur pouvoir d’achat. Mais reconnaissons que le dispositif prévu par le ministre ne remet pas directement en cause le principe du droit de grève : la mission d’enseigner n’étant pas assurée, contester l’accueil des élèves ne tient pas puisqu’il n’est pas inhérent à la fonction d’enseignant. D’ailleurs que va-t-il se passer demain, jour de grève dans le 1er degré ? En l’absence de la mise en place du dispositif prévu, ce seront comme à l’habitude, les enseignants non-grévistes qui risquent d’avoir la charge des élèves répartis dans leurs classes… ne leur permettant pas d’assurer l’enseignement prévu pour cette raison, mais aussi parce que les parents prévoyants n’enverront pas leurs enfants à l’école.
Les enseignants sont montrés du doigt une fois de plus : Xavier Darcos a stigmatisé la grève de jeudi 24/01 en dénonçant la méthode qui ne règle en rien les problèmes de l’école. Mais qui
a la charge de régler ces problèmes Monsieur le Ministre ? On présente souvent l’Education Nationale comme faisant preuve de mauvaise
volonté alors qu’il faut partir des difficultés des enseignants : encore une fois, les problèmes posés ne sont évoqués qu’au travers de la question de l’absentéisme des professeurs et de
leur statut de « privilégiés », quand ce n’est pas au travers des banlieues, de la violence, de l’autorité. Qui peut nier objectivement que le statut se dégrade ?
On demande toujours plus aux enseignants sans pour autant augmenter les moyens : ce décalage entre le discours et la pratique est supporté uniquement par les professeurs, généralement tenus pour responsables par les parents, l’opinion publique.