Alors que la lecture de la
lettre de Guy Moquet demandée par le chef de l’Etat fait débat, il convient de ne pas perdre de vue les priorités et missions de l’Education Nationale. Le Parti Communiste en fer de lance crie à la
récupération politicienne comme s’ils avaient un « droit de propriété » sur ce héros national de la résistance (au même titre que le Front National s’approprie abusivement l’image de
Jeanne d’Arc), et le gouvernement feint l’étonnement prétextant une polémique dérisoire.
En tout cas, puisque ce fût la première décision du Président Sarkozy, cette demande est naturellement perçue comme un geste fort, correspondant à une attente ? C’est là, une situation nouvelle alors que le seul constat des difficultés rencontrées par l’Ecole doit privilégier un espace de réflexion nécessaire, à sa juste mesure.
Le débat actuel élude la question la plus prégnante qu’il faut se poser : l’Ecole d’aujourd’hui répond-elle efficacement aux missions qu’elle doit remplir ?
Qu’en est-il des trois missions principales actualisées par la loi d’orientation et de programmation pour l’école du 23/04/2005 : la maîtrise des compétences de bases pour assurer une insertion sociale et professionnelle ; l’acquisition des règles de citoyenneté nécessaires à la vie en société ; réduire les inégalités face à la réussite scolaire ?
Si le système éducatif parvient aujourd’hui à transmettre les savoirs fondamentaux au plus grand nombre, il n’en demeure pas moins qu’à la seule observation des statistiques (stabilité du nombre de diplômés de l’enseignement supérieur, stagnation du nombre d’élèves sans qualification), la réussite scolaire est plus contestable alors que la mise en place du socle commun contraint à assurer la maîtrise des savoirs fondamentaux. Pourtant la France accorde des moyens financiers légèrement supérieurs à la moyenne des pays de l’OCDE. Ce sont donc les moyens d’action qu’il faut redéfinir ici : en effet, on observe une inégalité des réussites en fonctions des milieux socioprofessionnels parallèlement à une concentration des difficultés dans les ZEP alors que le coût consacré à la scolarité d’un élève y est nettement inférieur, à celui issu de milieux favorisés fréquentant un établissement de centre ville. Enfin, il faut noter le sentiment d’insécurité qui peut régner dans certains établissements dans lesquels la violence sévie, mettant à mal la mission d’acquisition des règles de citoyenneté.
Une des premières mesures contre laquelle nous nous sommes opposé à l’UDF – Mouvement Démocrate, concerne la suppression progressive et généralisée de la carte scolaire. Nous avons été rejoints par de nombreux observateurs qui craignent qu'à terme, cette mesure renforcera les inégalités entre les « bons » et « mauvais » établissements. Ce qu’il faudrait, c’est une nouvelle définition des moyens en valorisant les établissements des zones sensibles, avec des options et classes prestigieuses pour assurer l’égalité des chances sur l’ensemble du territoire.
Il existe pourtant des marges de manœuvres pour lesquelles il faut redéfinir les moyens au sein même des établissements. Parallèlement, la commission sur l’évolution du métier d’enseignant présidée par l’ancien Premier Ministre Michel Rocard devrait annoncer des propositions début 2008, tant les réformes sont ici aussi, nécessaires.
Le Président Sarkozy dans sa « lettre aux éducateurs » adressée à tous les enseignants définie sa mission « Donner le maximum à chacun au lieu de se contenter de donner le minimum à tous », fait l’éloge de valeurs partagées par le plus grand nombre (autorité, respect, transmission du savoir et des valeurs, condamnation du relativisme culturel). La lettre de Guy Moquet est également chargée de valeurs (citoyenneté, valeurs familiales, …). Ces valeurs pour qu’elles s’inscrivent durablement doivent pouvoir s’établir sur un système éducatif qui remplie d’abord ses missions.
le Président Sarkozy conclue sa lettre ainsi : « Le temps de la refondation est venu (…). Nous avons déjà trop tardé."
Oui, c’est vrai !, et à défaut de servir la cause partisane des uns et des autres, le débat actuel est plutôt contre-productif à l'égard de l'intérêt général.
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